Les chaussures Bastille

Qui aurait cru que je réaliserai un jour mes propres chaussures ? Certainement pas moi ! Je n’y avais même jamais pensé, cela ne m’avait même pas effleuré l’esprit.

Et puis j’ai découvert l’univers de Rebecca Meurin sur Instagram et j’ai tout de suite été impressionnée par sa créativité. Mais plus particulièrement par ses nombreuses paires de chaussures faites main. Coudre ou tricoter ses propres vêtements, c’est déjà vraiment chouette. Mais faire ses chaussures soi-même… Waouh quoi. J’étais impressionnée. J’ai suivi les aventures de son Atelier sur le fil de près. Elle a commencé par proposer des kits pour réaliser des sandales et je me suis dit « tiens, pourquoi pas ». Puis lorsqu’elle a sorti des kits pour réaliser une jolie paire de derbys, il ne m’a pas fallu longtemps pour craquer. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée avec une paire de Bastille aux pieds.

Bon, dans la vraie vie, j’ai reçu mon kit en septembre. C’était mon dernier trimestre de grossesse, je travaillais encore un peu et ma priorité était plutôt de finaliser la garde robe de mon petit loup. Puis le petit loup en question a débarqué dans nos vies avec sa dose de bonheur et de chamboulement aussi. Le temps a filé et la fin de mon congé maternité est arrivée. Alors pendant les heures d’adaptation à la crèche, il me fallait absolument quelque chose pour m’occuper l’esprit et faciliter ces premiers moments de séparation redoutés.Une paire de chaussures, c’était le projet parfait.

Dans ce kit: un livret explicatif au format PDF qui détaille toutes les étapes pour réaliser cette paire de chaussures ainsi que les fournitures nécessaires: le cuir et les différentes plaques de semelles. Dans le PDF, une checklist résume les outils nécessaires en plus du kit: des cisailles, un poinçon, des œillets, de la colle néoprène… ainsi que quelques articles de mercerie: un ruban gros grain, des la colle néoprène, du fil à coudre pour cuir… Un petit trousseau à se constituer donc, mais que j’aurais maintenant sous la main lorsque je voudrais retenter l’expérience avec une nouvelle paire de chaussures !

Réalisation

Il ne faut pas moins de 35 étapes pour réaliser ces jolis derbys. J’ai commencé par faire une toile en découpant une plaque de semelle dans du carton et la tige (partie en cuir du dessus de la chaussure) dans un vieux manteau en simili cuir que l’on m’avait donné et que je comptais jeter. Cela permet de se faire une première idée de la taille de la chaussure et de s’exercer un peu aux étapes de collage et de montage. Ma toile validée, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée. Pas le droit de me louper !

On commence alors par préparer le patron (étape déjà faite si la toile est validée) pour pouvoir par la suite découper les semelles et la tige. Jusque-là rien de compliqué. Puis arrive l’étape de la découpe des semelles (et les talons, en option). 3 plaques : la semelle de montage, la plaque médium et la semelle d’usure. Cette étape a été pour moi la plus compliquée à réaliser étant donné qu’il est très difficile d’obtenir un résultat parfait. Je vous en reparle un peu plus loin dans la partie « finitions ».

Il faut ensuite préparer la tige (empeigne, contrefort et quartiers) : c’est maintenant que l’on coupe le cuir et que l’on perce les différents trous. 80 trous répartis entre les quartiers et l’empeigne plus 78 trous sur la semelle de montage, et par chaussure ! Dans le cuir, ça va tout seul, mais sur la semelle de montage qui est beaucoup plus rigide… C’est bien plus dur ! J’ai dû alterner avec le cuir et faire des pauses quand j’avais trop mal aux mains (petite nature, moi ?). C’est là que l’on sort sa machine à coudre pour piquer les pinces. J’avais un peu peur au départ, j’ai fait un essai sur une chute pour être plus sûre de moi, mais au final ça a été tout seul. Et je n’ai même pas utilisé d’aiguille spéciale cuir. On colle ensuite les contreforts puis on utilise de nouveau sa MAC pour coudre le gros grain sur les quartiers et l’empeigne. Le mien était déjà surpiqué d’une grosse couture blanche sur les rebords. J’ai donc utilisé un fil noir pour le coudre, en visant bien pour ne pas empiéter sur le blanc. Puis la pose des œillets pour le passage des lacets, qui était une première pour moi. Mes essais n’étant pas très concluants (l’envers de l’œillet râpait beaucoup et j’avais peur que cela altère le cuir avec les frottements), j’ai eu recours à la force de ma petite Mamoune. Avec elle, l’envers de l’œillet était beaucoup mieux écrasé.

On monte ensuite la chaussure en assemblant le cuir à la semelle de montage à l’aide d’un fil à coudre le cuir. Un morceau de cire d’abeille est prévu dans le kit pour pouvoir poisser le fil afin qu’il accroche davantage et que la couture soit mieux maintenue. J’ai choisi le mien déjà poissé (merci à ma sœurette qui avait ça en stock !) et n’ai donc pas eu à le faire moi-même. On utilise alors le point de cordonnier pour coudre cuir et semelles ensemble. Cette étape est assez longue, il faut passer dans 78 trous… pour chaque pied ! Et il faut surtout bien serrer son fil pour que l’ensemble soit bien maintenu.

On colle ensuite les semelles (et les talons) en commençant par la plaque medium et la plaque d’usure, que l’on colle ensuite à la semelle de montage, avec de la colle néoprène contact liquide. C’est la première fois que j’utilisais ce genre de colle : il faut encoller les 2 parties à coller, laisser sécher 10 minutes puis les assembler. En s’appliquant bien parce qu’une fois les 2 parties en contact, c’est tout simplement impossible à décoller. On ajoute ensuite les mousses de renfort à l’intérieur des chaussures au niveau du talon et les semelles intérieures en cuir. Puis les lacets, et le tour est joué !

Finitions

Une fois les chaussures assemblées en collant les différentes couches de semelles ensemble, ce n’est vraiment pas facile d’obtenir une lisse (la face latérale de la semelle) qui soit… lisse justement ! Et pourtant j’ai fait des tests sur des chutes avant de me lancer dans la découpe des différentes plaques de semelles, mais c’est vraiment difficile d’obtenir une belle découpe bien verticale principalement à cause de leur épaisseur. Puis de les aligner parfaitement. Même si le patron de la semelle est le même pour les 3 plaques, il y a forcément des petites variations dans la découpe d’une plaque à l’autre. Si l’une d’entre vous y parvient sans retouche, je lui tire mon chapeau ! Pour résoudre ce petit détail qui est quand même non négligeable pour avoir une finition soignée de la chaussure, Rebecca suggère deux options : acheter un Dremel et poncer les pourtours des semelles ou demander l’aide d’un cordonnier. N’ayant pas de Dremel sous la main (et un peu peur du résultat aussi), j’ai choisi la facilité et je suis allée voir le cordonnier. Il a été un peu surpris par ma demande au départ, mais il m’a fait une jolie lisse en quelques minutes à peine et pour… rien du tout ! Ce que j’ai trouvé vraiment super sympa de sa part.

Pour les lacets, j’ai tout simplement choisi un cordon en cuir noir pour faire un rappel du ruban gros grain noir.

Bilan

Tout m’a plu dans cette première expérience : le processus est long, mais en procédant par étape et en plusieurs fois c’est tout à fait réalisable. Rebecca est très à l’écoute et a toujours été là pour répondre à la moindre de mes questions ce qui est vraiment un plus. J’ai adoré découvrir les différentes techniques : la découpe, les étapes de collage, la pose des œillets… avec un coup de cœur pour l’étape d’assemblage de la chaussure au point cordonnier. C’est le moment où elles prennent forme et je trouve cela vraiment gratifiant. Et puis le résultat est au rendez-vous, elles me plaisent beaucoup.

Mes Bastilles étant terminées depuis une dizaine de jours maintenant. Je peux donc vous faire un petit retour sur mes impressions. Elles sont super confortables à porter, j’ai l’impression de marcher avec des chaussons. Le rebord arrière ne fait pas mal comme cela peut arriver avec certaines chaussures du commerce. Le fait de ne pas avoir mis de talon ne me gêne pas non plus, il y a la mousse de renfort pour amortir et c’est très agréable à porter simplement comme cela. Par contre, je trouve qu’elles taillent plutôt grand. En soit, ce n’est pas gênant quand je les porte mais le cuir gondole un tout petit peu sur le dessus ce qui n’arriverait pas je pense si mes pieds étaient légèrement plus grands. Le kit ne prévoit de toute façon pas de taille en-dessous du 36. J’avais choisi de ne pas coller la semelle intérieure mais je me suis rendue compte qu’elle bougeait quand je marche. Un peu de colle et ce petit « défaut » sera corrigé !

La fabrication de cette première paire de chaussure m’a tellement plu que j’ai déjà envie de m’en faire une deuxième. Rebecca propose justement dans sa boutique un kit technique comprenant les 3 plaques de semelles. Il ne reste donc plus qu’à acheter un morceau de cuir. Little Fabrics en propose de très jolis par exemple. Je tenterai bien une version avec l’un des cuirs à paillettes (vert, ocre, marine, taupe… ils sont tous trop beaux !) comme j’ai pu en voir sur IG avec juste une surpiqure à la place du gros grain pour changer un peu de cette première version. Et pourquoi pas rajouter cette fois un petit talon. J’essayerai peut-être aussi de réduire légèrement la taille du patron. A suivre…

J’espère que cet article vous a plu et vous donnera envie de vous y mettre aussi :)

Récapitulatif:

Matériaux et cours: Kit Bastille coloris fauve

Taille: 36

***

Publicités

3 commentaires sur « Les chaussures Bastille »

  1. Salut,
    merci pour l’article super détaillé. J’avoue que je ne suis pas sûr de tenter l’aventure tout de suite. Cela demande d’être très minutieux et de s’équiper un peu niveau petit matériel, mais cela reste très tentant. En tout cas chapeau à toi, ta réalisation est magnifique. C’est incroyable de se dire que tu as fait toi même tes chaussures. Bravo !

  2. Quelle belle expérience ! Et elles m’ont l’air très confortables . Tu ne te sens pas un peu Apache ? Les chaussures n’ont plus de secret pour toi. Bravo ! Je sens que je vais tenter l’expérience.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s